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Les vertus de l’égoïsme, dans la vie comme en politique

Chronique publiée dans le Temps le mardi 10 octobre 2017.

Le Prix Nobel Jacques Dubochet estime que l’égoïsme est de droite et l’intelligence de gauche, ajoutant que même les fourmis sont altruistes. Notre chroniqueur rétorque que l’égoïsme rationnel et humaniste constitue aussi un code éthique qui, loin d’être immoral, distingue peut-être ces hyménoptères des hommes.

Que penser lorsque le Prix Nobel romand Jacques Dubochet déclare sans ambages que la droite, c’est l’égoïsme, et la gauche, l’intelligence?

En 1964, la philosophe américaine Ayn Rand, réfugiée d’URSS, publia un recueil intitulé La Vertu d’égoïsme, best-seller et plaidoyer pour une pensée objectiviste. En quelques mots, l’auteure y défend l’idée qu’un égoïsme rationnel constitue un code d’éthique de vie meilleur qu’un altruisme béat, le plus souvent de façade. Il serait ainsi moral pour un individu de chercher son bonheur, tandis que le bien commun ne justifierait aucun sacrifice personnel, la prohibition du recours à la violence en étant le corollaire indispensable: «Chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres.»

Un siècle après la révolution soviétique et sa morale sacrificielle, ces propos gardent une certaine actualité. Car contrairement aux apparences, l’égoïsme rationnel n’exclut ni la générosité ni l’amour de son prochain. Il n’implique pas que l’individu doive viser son propre bien aux dépens de celui des autres. Au contraire, le citoyen qui se revendique de cette morale est, plus qu’aucun autre, attaché aux droits de l’homme. Pour lui, comme pour les autres. Selon Rand, «l’individualiste est celui qui affirme: «Je ne contrôlerai la vie de personne – et je ne laisserai personne contrôler la mienne.» Le collectiviste dit: «Unissons-nous les gars! Tout est permis!»

J’entends déjà les commentaires sur l’immoralité de mon propos et sur l’individualisme prétendument exacerbé de notre société. Société dans laquelle la moitié des richesses passe par la main publique, excusez du peu. Pourtant, malgré ces critiques convenues, je peine à trouver des citoyens qui se réjouissent de la hausse de leur prime d’assurance maladie, expression la plus parfaite du sacrifice personnel pour le bien des autres. Je cherche des contribuables qui regrettent la modestie de leur facture d’impôts. Et l’on ne rencontre que peu d’entrepreneurs qui réclament de nouvelles contraintes au nom du bien commun.

Je ne peux pas donner entièrement tort au professeur Dubochet. Il existe un égoïsme de droite, rationnel et humaniste, qui s’oppose à un altruisme collectiviste et souvent feint. Quant à l’intelligence, comme la richesse, sa redistribution inégale n’est certainement pas l’apanage d’un camp politique.




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