Les obstructeurs de l’UDC sous la coupole du Palais fédéral

Publié dans le Temps du 20 novembre 2018.

A propos de l’initiative pour l’autodétermination, le parti a fait traîner les débats autant que possible, en espérant un report du vote. Pour que le peuple ne se prononce sur le sujet qu’en pleine campagne électorale de 2019. Mais c’est raté…

Passer du Grand Conseil valaisan au Conseil national est surprenant. Surtout pour les débats. A Sion, il suffisait d’appuyer sur le bouton pour que la parole me soit donnée. Je pouvais m’enflammer. On croisait le fer. On m’écoutait. On faisait semblant, au moins.

Personne n’écoute personne

Rien de cela sous la Coupole. D’abord, personne n’écoute personne. Les visiteurs sont souvent décontenancés: l’ambiance de la salle du National rappelle étrangement celle du hall de la gare de Berne.

Je n’intéresse pas grand monde avec ma prose, certes. Mais je n’ai pas vraiment le droit de la dire. Le débat est millimétré. La liste des orateurs limitée. Le temps de parole décompté. Quand vous montez au perchoir, on vous flanque un chronomètre. Le président tape sur sa cloche pour que vous en finissiez. Au suivant. On n’a pas que ça à faire.

L’exception

Il existe toutefois une exception. Un cas où tous les députés peuvent parler, parler et encore parler. C’est quand on cause des initiatives populaires. Là, le débat devient fleuve. Chacun peut s’inscrire pour répéter ce que tous les autres ont déjà raconté. Passionnant.

En juin, ce fut le tour de l’initiative pour l’autodétermination. Les travées étaient encore plus vides que d’habitude. Comprenez: 83 parlementaires inscrits, dont 43 UDC. Les trois quarts du groupe. Parler le plus possible. Et comme ça ne suffisait pas, ils ont commencé à se poser des questions entre eux. Albert Rösti qui demandait à Hans-Ueli Vogt s’il avait apprécié le discours de Toni Brunner.

D’humeur chafouine

Quelle mouche les a piqués? Les initiants étaient d’humeur chafouine. En liquidant les débats ce printemps, il leur était impossible d’obtenir un vote populaire pendant la campagne des fédérales de 2019. Rageant, n’est-ce pas? Alors ils ont tenté ce que les Américains nomment le filibuster: la flibuste, l’obstruction parlementaire. Faire traîner les débats autant que possible, en espérant un report de la décision. Caramba, encore raté. De guerre lasse, on a fini par voter, vers minuit, quand les députés s’endormaient sur leur fauteuil après des heures de discussion.

Il paraît que cette initiative est tellement vitale pour la Suisse que la survie de la démocratie en dépend. Et malgré l’urgence, ils voulaient nous faire poireauter encore une année. Les impératifs électoraux ne sont pas ceux de l’intérêt supérieur du pays, ma foi.

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