Le grand reset du 4 mars

Publié dans le Temps, le 15 janvier 2018.

Le 4 mars prochain, le peuple aura l’occasion de supprimer l’impôt fédéral direct et la TVA, liquidant d’un coup l’essentiel de la Confédération elle-même. Une cure d’austérité massive contre laquelle aucun plan B n’est prévu, pour changer.

Accrochez-vous, 2018 sera sport. Les 349 prochains jours seront placés sous le signe du reset : UE, Billag, prévoyance vieillesse. Et surtout, le « régime financier 2021 ».

Cette votation du 4 mars sera l’occasion d’appliquer le pire régime minceur à la Confédération. Il suffirait de refuser l’objet dont presque personne ne parle pour que, d’un coup, l’impôt fédéral direct et la TVA disparaissent.

Tout cela vient d’un esprit superstitieux qui nous habite. Plutôt que de décider une fois pour toute que les citoyens paient des taxes, les Helvètes préfèrent reconduire régulièrement l’impôt. La dernière fois que les contribuables se sont infligés pareille saignée fiscale, c’était en novembre 2004. Remarquez que 26% de la population avait quand même dit « non », dont la majorité du canton de Zoug. Quels romantiques, ces Zougois…

Bref. Si l’on joue les Neinsager le 4 mars, on tire vraiment la prise. Rien à voir avec cette bagatelle de No Billag. D’un coup, on liquide les deux tiers des revenus de la Confédération. On rend aux citoyens cinquante milliards chaque année. On résout le problème de la RIE 3. Sur le ring de la concurrence fiscale, Trump est K.O.

Il y a évidemment quelques inconvénients, une certaine idée de la cure d’austérité pour la Confédération. Exit les dépenses pour l’agriculture et la formation. L’office de l’environnement, les transports publics et l’aide au développement, c’est fini. On pourrait juste se payer une minarchie : un Etat qui assure le minimum syndical. Trois pouvoirs, une petite armée et quelques services de base. Les routes, les douanes et la régie fédérales des alcools resteraient autofinancés, on est sauvés.

Comme toujours, il n’y a pas de plan B. Il faut dire qu’un refus serait un chouia extrême, à tel point que le parlement a adopté l’objet à l’unanimité. Pourtant, débarrassés de la capacité de nuisance de l’administration fédérale, les vingt-six cantons prendraient le pouvoir, leur destin bien en main. On supprimerait le F des CFF et des EPF, et on recommencerait à zéro. Le vrai reset.

C’est ainsi que la Suisse connaît son petit frisson, tous les quinze ans, ses rêves d’un grand soir confédéral, le retour à 1847. Et si l’on ne se jette pas dans le vide en mars, rien n’est perdu : on remet le couvert en 2035. D’ici-là, bonne année.

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