Le diable se cache dans le texte, jamais dans le titre

Publié dans le Temps, le 5 novembre 2018.

Bien choisir le titre de sa chronique ou celui de son initiative populaire, c’est essentiel. Surtout à une époque où l’on se contente souvent des quelques caractères de l’étiquette, sans analyser les détails du texte. Où se cache pourtant le diable.

 

Bien choisir son titre. C’est un peu le défi hebdomadaire des chroniqueurs du Temps. Pour attirer l’attention. Pour vous donner envie de lire. Pour durer.

 

On dit que près de 60% des gens partagent des articles dont ils n’ont lu… que le titre. Autant dire qu’il vaut mieux se concentrer davantage sur les 50 caractères espace-compris de l’intitulé que sur ce texte que, la plupart d’entre vous, ne lirez même pas. J’en profite au passage pour saluer les téméraires qui n’ont pas encore tourné la page.

 

Face à la concurrence de la titraille de la colonne d’à-côté, on trouve des parades pour attirer le chaland. Dans le jargon des réseaux sociaux, on parle vulgairement de « putes à clics ». Des mots forts pour susciter la curiosité. Ainsi, pour vous pousser à me lire, j’aurais dû choisir : « L’invraisemblable scandale des titres falsifiés ». Ou : « Un élu usurpe à nouveau un titre ! ».

 

Le lecteur est ingrat. L’électeur aussi. Ce qui vaut pour mes chroniques vaut pour les initiatives populaires. Pour vendre une nouvelle taxe, on vous promet une « économie verte ». Pour faire passer des restrictions bureaucratiques, on parle de « fair food ». Pour toucher des subventions, on écrit « vaches à cornes ».

 

Les titres des initiatives sont les grands oubliés des débats parlementaires. On n’y pense pas trop. Ils n’ont pas de portée juridique. Alors on passe dessus comme chat sur braise, jusqu’à la votation. Là, ils deviennent une ligne de publicité gratuite et bienvenue pour des articles constitutionnels compliqués et ennuyeux.

 

Au hasard, prenez les « juges étrangers ». L’initiative ne parle pas de juge. Ni d’étrangers d’ailleurs. Vous pouvez fouiller, les deux termes n’apparaissent jamais dans le texte de l’initiative. Pas plus que cette prétendue « autodétermination ». En réalité, on n’y parle que de hiérarchie des normes, de droit international et de constitutionnalité. Rien de très folichon. Pas de quoi gagner une campagne de votation. Surtout quand on comprend que le but réel, c’est de forcer la Suisse à transgresser ses engagements, au gré de l’humeur du jour.

 

Cette initiative aurait pu s’intituler « Pinocchio : pour que la Suisse ne tienne plus sa parole ». Les débats auraient été bien différents. Comme quoi, un bon titre, c’est le secret de la réussite.

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