Discours du 1er août 2016 à Nendaz

Discours prononcé le 1er août 2016 à Nendaz, sur les hauts de “Tracouet”. 

Chers amies et amis Nendards,
Chers amies et amis Valaisannes et Valaisans, Chers amies et amis Confédérés, Chers visiteurs de l’étranger,

Pour commencer, belle fête nationale à vous toutes et tous, joyeux premier août 2016.

Je tiens en préambule à remercier sincèrement les autorités communales et touristiques qui me font l’honneur de me permettre de m’exprimer devant vous ce soir, pour mon premier discours officiel depuis que j’ai le plaisir de représenter notre canton sous la coupole fédérale, c’est dire si la pression est grande.

D’ordinaire, suivre les médias l’été est reposant. On y a apprend des conseils sur la crème solaire et la liste des meilleurs balades en montagne, à croire que les horreurs se calment en même temps que les féries judiciaires.

Vous ne me contredirez pas, cet été, lire la presse est plutôt traumatisant. L’on pense naturellement aux horribles attentats terroristes commis en France, en Allemagne, au Moyen-Orient ou en Floride et à son lot de victimes innocentes. On pense à cette tentative de coup d’Etat en Turquie qui donne des ailes à un président autoritaire pour enfermer ses opposants, museler les médias et asseoir un régime assez peu ragoutant. On pense encore aux milliers de personnes écrasées par les bombes en Syrie, d’une coalition à une autre, ou qui se retrouvent affamées par les sièges militaires.

Ces dernières semaines, je ne vous cacherai pas que j’étais bien emprunté pour préparer mon allocution de ce soir : face à tous ces drames humains, face à ces crises fondamentales de notre société, que dire d’utile ? Ne vaudrait-il pas mieux se taire ?

Et finalement, on peut se rappeler aussi que face à cet été tourmenté, en ce jour de fête nationale, nos débats nationaux laissent penser que la Suisse ne va pas si mal.

A peine sorti d’un débat populaire pour savoir comment distribuer à tous les citoyens 2’500 francs par mois, soit environ 200 milliards par année, nous abordons la mère de tous les combats politiques, l’hymne national.

Voilà qu’une équipe alémanique s’est mise dans la tête de renouveler le chant patriotique, sans ne rien demander à personne, mais quand même en organisant un grand concours télévisé, sur le modèle des plus mauvaise superproductions américaines. La démarche est pour le moins iconoclaste et n’a pas manqué de faire sortir de leur trou une autre équipe de citoyens qui se bat, elle, corps et âme contre cette atteinte au patrimoine patriotique.

A lire les interviews et les professions de foi prises de part et d’autres, l’on a vraiment le sentiment que la Suisse vit ses heures sombres, son coup d’Etat, ses attaques étrangères. On nous parle d’un côté d’impérative réforme des traditions – au risque de maintenir un pouvoir autocratique ? – et, de l’autre, d’une atteinte révolutionnaire aux valeurs ancestrales qui ont fait notre pays.

Certains parlent carrément de lancer une initiative populaire. Il faut reconnaître qu’avec quatre langues différentes, multipliées par quatre couplets, l’hymne suisse aurait de quoi être intégré dans une loi, nous pourrions confier alors la gestion des fêtes nationales à un quarteron de fonctionnaires fédéraux qui définiraient le rythme des cortèges et la taille des lampions.

En ce qui me concerne, je dois confesser que le débat me dépasse quelque peu. Déjà que je n’ai jamais vraiment su dans quel sens accrocher le drapeau, je dois avouer que j’ai longtemps pris la Diane que nous joue notre fanfare au réveil tous les 1er août pour l’hymne officiel. Mauvais patriote que je suis, j’admets que j’utilise encore un « pougnon » lorsque nous chantons le cantique, mais cela ne m’empêche pas d’aimer notre pays, soyez en certain.

Mais admettons qu’après plus de 700 ans de construction de la Suisse, dont 170 de « Suisse » moderne, nous arriverons à surmonter ce débat passionnant et passionné.

Ce que j’espère, c’est que lorsque des problèmes – que je me permets de qualifier de manière présomptueuse de « plus importants » – se présenteront à nous, nous les aborderons avec autant de légèreté et de recul que nous avons abordé celui-ci avec gravité.

Parce qu’en effet, si notre été peut sembler reposant au regard de l’actualité mondiale, nous devrons garder la tête froide face aux problèmes que nous pourrions rencontrer à l’avenir.

Nos relations avec l’Union européenne ne sont notamment pas réglées, et ce n’est pas le Brexit qui va forcément simplifier les négociations d’une adaptation des accords bilatéraux rendue nécessaire, avant le 9 février prochain, suite à la votation populaire que nous connaissons tous. Or, à défaut d’accord, c’est soit la Constitution, soit nos engagements internationaux qui ne seront plus respectés, et cela pourrait nous coûter très cher, quand on sait que chaque jour, y compris fériés comme aujourd’hui, nous échangeons un milliard de francs avec l’Union européenne.

Les événements en Turquie pourraient, quant à eux, entrainer en cascade une nouvelle crise des réfugiés et il n’est pas certain que, cette fois-ci, nous puissions échapper à l’explosion des requêtes d’asile comme ce fut le cas en 2015. Cette situation pourrait aussi entraîner des conséquences dramatiques sur le plan sécuritaire et humanitaire, ce que personne ne souhaite naturellement.

Et, évidemment, je ne m’étendrai pas sur notre situation économique qui est loin de s’être stabilisée. Les discussions concernant la fiscalité de l’épargne et des entreprises ne font que commencer, l’économie de nos partenaires vacille et le franc est toujours fort, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre. Et quand l’économie tousse, c’est toute la société qui est malade.

Tous comptes faits, j’espère que nous pourrons débattre du cantique le plus longtemps possible…

En attendant, nous restons libres de chanter en cœur l’hymne suisse, ancien ou nouveau, à chacun selon ses convictions, l’important est de chanter juste, ou le moins faux possible, et dans sa langue préférée !

Chères et chers amis, je vous souhaite un Joyeux premier août ! Vive la Suisse !

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1 Comment

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  • Votre discours est un véritable plaidoyer valaisan dans un premier temps mais les désordres des mondes que vous citez, montrent bien que votre message au peuple suisse est évident.
    Je vous cite : quand l’économie tousse, c’est toute la société qui est malade” !

    Juste un bémol…quant aux cantiques des cantiques, je dois vous avouer que je chante, mais vraiment très faux !
    Bien à vous dans votre ascension politique.

    JEAN MICHEL KOHLER 3 years ago


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