Avant la pénurie, adopter une vraie politique énergétique
Depuis deux ans, la Suisse importe, durant l’hiver, plus de courant qu’elle n’en exporte. Cela signifie que nous ne disposons plus des moyens d’assurer en permanence notre propre consommation d’énergie.
L’augmentation de la population et la prolifération d’appareils consommateurs d’électricité, certes plus écologiques, mais de plus en plus nombreux, provoquent une croissance de la consommation d’électricité d’environ 2% par année depuis plus de dix ans. Cette augmentation correspond peu ou prou chaque deux ans à la production de la centrale nucléaire de Mühlberg.
Contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui de nombreux écologistes, diminuer notre consommation n’est pas une chose aisée. On n’a pas réussi, malgré toutes les mesures prises et les encouragements liés à la « vague verte », à ne serait-ce que freiner l’augmentation de la consommation. La promotion des véhicules électriques et du train signifie à elle seule un accroissement gigantesque de la consommation d’électricité, notamment au nom de la diminution de notre dépendance aux énergies fossiles. Les économies d’énergies sont néanmoins nécessaires et tout doit être mis en œuvre pour freiner la croissance de la consommation.
Une politique raisonnable en matière énergétique passe indéniablement par l’acceptation des réalités et par l’adoption aujourd’hui de mesures assurant demain un approvisionnent sûr de notre pays.
Nous bénéficions aujourd’hui de contrats d’achat d’électricité avec la France, mais ces contrats arriveront à terme dans les prochaines années. Face à la pénurie européenne qui s’annonce, on peut craindre que le coût de l’électricité importée n’explose s’il est toujours possible d’en acquérir à terme. Dans ces conditions une vraie politique énergétique s’impose et un choix doit être rapidement fait.
Sortir du nucléaire ?
La production énergétique helvétique se répartit actuellement grosso modo en 60% d’hydraulique et 40% de nucléaire. Le parc atomique suisse se compose de cinq centrales sur quatre sites différents. La durée de vie de ces centrales est limitée et la plus petite d’entre elles, Mühleberg, arrivera en fin de carrière d’ici 2020.
La récente catastrophe de Fukushima a certainement bloqué les projets nucléaires suisses pour des années, voire des décennies. Sachant qu’un vote populaire est nécessaire pour obtenir la réalisation d’une nouvelle centrale et face à la pénurie à venir, des solutions alternatives au nucléaire doivent être envisagées dès aujourd’hui.
Les économies d’électricité constituent certainement la mesure la plus porteuse sur le long terme. Au besoin, la Confédération doit être autorisée à fixer des limites à la consommation des appareils importés ou produits en Suisse. Le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale doivent définir des normes en matière d’appareils consommateurs et les imposer aux importateurs et constructeurs. Par exemple, les mode « veille » des appareils électriques doivent être bannis au plus vite. En matière de logement, la Suisse doit mettre sur pied un grand plan de remplacement des chauffages électriques. Au total, le potentiel théorique d’économies d’énergie est de 15 milliards de KW/h, soit l’équivalent de la production d’une grande centrale nucléaire de type EPR. La Suisse doit tendre vers cette économie totale.
Les centrales hydrauliques doivent être exploitées à leur plus fort potentiel. Si les possibilités sont aujourd’hui restreinte, il est néanmoins possible d’améliorer encore l’efficacité de ces infrastructures et augmenter ainsi la production énergétique. Ces barrages constituent aussi de formidables batteries qui, grâce au mécanisme de pompage – turbinage, peuvent stocker l’électricité photovoltaïque et éolien produite durant des périodes restreintes. Enfin, la production par le gaz naturel est un bon compromis pour assurer une production continue ou en ruban.
Cette politique des quatre piliers (économies, hydraulique, nouveau renouvelable et gaz) est probablement la meilleure alternative si l’option nucléaire est abandonnée.
Chavalon : la juste transition
Même si nous décidions aujourd’hui de renouveler une ou deux centrales nucléaires, les délais de construction sont tels que, durant une période plus ou moins longue, la Suisse sera durablement en situation de dépendance énergétique à l’égard de ces voisins.
Cette solution n’est pas opportune. L’énergie électrique est une ressource de plus en plus précieuse dans tous les Etats qui nous entourent. Dépendre de la production exogène est un risque économique trop grand. Notamment, la volatilité du prix de l’énergie constitue une menace pour les entreprises suisses qui doivent déjà faire face aux variations importantes des cours de change.
Une solution existe : la Suisse dispose de plusieurs centrales à gaz qui permettraient d’assurer à courte échéance de nouvelles sources de production électrique. Plusieurs gazoducs continentaux traversent notre pays et des accords peuvent être conclus pour acquérir de la matière première facilement.
D’un point de vue écologique, la compensation du carbone en Suisse ou à l’étranger permettra à notre pays de respecter ses engagements internationaux tout en assurant une production électrique relativement indépendante.
Chavalon est une de ces centrales à gaz et constitue une solution transitoire au problème énergétique. Aucune vision idéologique ne doit nous empêcher d’utiliser notre patrimoine et d’assurer, à moindres coûts et à moindres risques, de rester maître de notre production énergétique.
Limiter le droit de recours en matière d’énergie
Toutes ces mesures ne doivent pas non plus nous faire oublier les nouvelles énergies renouvelables qui constituent, à long terme, l’avenir certain de notre production énergétique. La Confédération investit chaque année 250 millions dans la recherche, notamment par l’intermédiaire de ses hautes écoles polytechniques, et ce montant devrait être doublé dans les prochaines années. 
La Suisse a les moyens, de par la qualité de ses centres de recherche et son emplacement géographique, de devenir un leader mondial en matière de « green tech ».
Cette opportunité ne doit pas être oubliée et tous les moyens fiscaux et universitaires doivent être mis en œuvre pour qu’à long terme, la Suisse puisse se passer totalement de nucléaire sans pour autant mettre en péril son indépendance énergétique.
Actuellement, le plus grand frein au développement des projets de petites centrales électriques renouvelables est la paperasse administrative, le droit de recours des organisations de protection de l’environnement et les ennuis procéduriers. Les associations se partagent le marché de l’obstruction et chacune y va de sa spécialité. Le WWF a déjà annoncé s’opposer à plus de la moitié des projets de centrales au fil de l’eau, les associations de protection du paysage ne veulent pas de l’éolien et les organisations de défense du patrimoine bâti mettent des bâtons dans les roues des projets d’amélioration de l’efficience énergétique ou d’installations photovoltaïque.
Face à cette situation, il est urgent de simplifier les procédures décisionnelles et limiter le droit de recours des organisations en matière d’énergie renouvelable afin de permettre un vrai remplacement du nucléaire.
En matière de cellules photovoltaïques et de panneaux thermiques, leur installation sur le patrimoine bâti non protégé doit être exclu des procédures de mise à l’enquête publique pour accélérer leur installation.
La Confédération doit aussi établir un plan directeur éolien qui délimite les zones dans lesquelles la production d’électricité par le vent prime sur la protection du paysage.
Avoir le beurre et l’argent du beurre est un souhait bien compréhensible de tout un chacun. On ne se passera cependant pas de mesures fortes pour pouvoir remplacer notre dépendance au nucléaire par la construction rapide de nouvelles centrales et des économies d’électricité importantes.
Soutien au fonds pour les énergies renouvelables
La Suisse fait beaucoup pour les énergies renouvelables. Que ce soit par l’énergie hydraulique qui représente 60% de notre production ou par l’intermédiaire des autres investissements (recherches, centime climatique, rachat au prix coûtant, etc.), la Confédération n’est pas, quoi qu’en disent certains, le vilain petit canard des énergies renouvelables.
Mais on peut faire mieux. La Confédération doit investir davantage dans la recherche dans le domaine des énergies renouvelables. Nos EPF et HES disposent de nombreux doctorants participant activement à la recherche et leurs moyens doivent être renforcés. C’est à ce prix que notre pays pourra sortir du nucléaire dans des délais acceptables.
De même, les nouvelles constructions doivent prévoir des unités individuelles de production énergétique. Je propose que les citoyens soumis à l’obligation de réaliser des abris puissent disposer du choix à l’avenir d’investir ces sommes dans des cellules photovoltaïques, dans du solaire thermique ou dans toute autre énergie renouvelable.
Le fonds de RPC (rétribution au prix coûtant) est actuellement limité à 250 millions de francs par année. Grâce à ce mécanisme, les producteurs d’électricité photovoltaïque peuvent vendre l’énergie produite au prix réel de production et même engranger un petit bénéfice. Fin 2009, 8’894 demandes de financement RPC avaient été déposées. 2’842 avaient reçu une réponse positive et 5’681 installations figuraient sur la liste d’attente. A l’heure où la production d’énergie renouvelable urge, il est important de donner au fonds RPC les moyens de ses ambitions et augmenter son assiette.
Retour des concessions
Durant les prochaines années, les concessions hydrauliques liées aux barrages reviendront dans les mains des communes concédantes. Ces communes se trouveront alors face à deux options : renouveler les concessions à des groupes énergétiques ou constituer, en collaboration avec le canton, un groupe énergétique valaisan assurant la production et la commercialisation du courant.
Une autre option cantonale est aussi envisagée : une partie des droits de retour reviendraient au Valais qui aurait pour mission de gérer soit le produit des retours, soit l’entreprise électrique publique.
Je m’oppose à ce que le canton, ou les communes, deviennent électriciens. Le Valais pèse un peu plus de 11% dans la production électrique suisse. Face à des géants européens, même si toutes les concessions étaient en mains cantonales, notre société électrique serait un minuscule nain face aux groupes électriques internationaux qui existent sur le continent. De surcroît, nous n’avons aucune idée de l’évolution qui pourrait se produire durant les cinquante prochaines années : il se peut que le réchauffement climatique tarisse quelque peu l’alimentation de nos barrages et donc la valeur des concessions, il se peut aussi que, contrairement aux à la tendance actuelle, la production énergétique augmente grâce au développement technologique et entraîne ainsi une diminution du prix de vente du KW/h.
Au regard de ces risques, les avantages liés au contrôle complet de nos forces hydrauliques semblent bien maigres. Les emplois liés directement à la production resteront en Valais quel que soit l’option choisie – on ne peut pas délocaliser les barrages – et le contrôle que nous aurons sur le prix de l’électricité pour les entreprises valaisannes semble une compensation bien maigre au regard de l’utilisation possible du produit de la vente des concessions.
Une dernière menace, et non des moindre, vient encore de Berne. Les experts se contredisent quant à la valeur potentielle de la revente des concessions. Les chiffres sont gigantesques et évoluent dans une fourchette allant de 10 à 20 milliards de francs. Il n’est pas impossible que, face à une telle manne, la Confédération n’envisage une nationalisation des cours d’eau et exprime le désir d’utiliser ces moyens pour la Suisse dans son ensemble. Eviter ce scénario doit être une priorité pour le canton et seul un projet crédible et durable nous permettra de convaincre nos confédérés de nous laisser notre première richesse naturelle.
Toutes ces raisons poussent à soutenir l’option de la création d’un fonds souverain, propriété du canton et des communes concédantes, dont les recettes seraient destinées à la réalisation de grands projets pour le canton : lignes de communication entre le Valais et ses voisins, université cantonale, centre de recherche en matière d’énergies renouvelables, etc.
Sur le sujet :
Journal l’Indépendant de l’UDI n° 63 de janvier 2011 sur le retour des concessions.



































