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Angela Merkel : vous n’avez rien à craindre si vous n’avez rien à cacher.

Publié dans le Nouvelliste, le 29 octobre 2013.

Ironie de l’Histoire. Ceux qui s’indignent aujourd’hui de l’espionnage pratiqué par le gouvernement américain ne trouvaient rien à redire lorsque les fiscs allemand et français achetaient des CDs de données volées. C’est avec les honneurs que les Falciani et autres Condamin Gerbier furent accueillis par les « grandes démocraties » européennes. Drapés de vertus, c’est au nom de la lutte contre les fraudeurs que nos partenaires économiques nous ont imposé tour à tour les demandes groupées d’informations, FATCA, l’échange automatique, l’espionnage industriel et la délation comme morale politique.

Personne n’approuve l’évasion fiscale, comme il ne se trouve aucune voix pour encenser la fraude aux assurances sociales ou les délits financiers en tout genre. Toutefois, la tradition démocratique exige que les enquêtes fiscales soient réalisées dans un cadre strict de légalité, garantissant aux citoyens concernés la possibilité de se défendre. L’abolition du secret bancaire, tant souhaitée par les dirigeants d’Etats en faillite, liquide les garanties de procédure pourtant inscrites dans les conventions internationales de protection des droits de l’homme.

A de multiples reprises, pour couvrir quelques établissements financiers peu scrupuleux, le Conseil fédéral a capitulé face aux exigences étrangères, poussant l’absurde jusqu’à reconnaître le fraudeur du fisc comme l’ennemi public numéro un. Il sera permis au fisc de mettre son nez dans les comptes des individus sans aucun contrôle. A titre de comparaison, placer sous écoute un pédophile présumé exige l’intervention d’une autorité indépendante. Ce droit ne sera plus accordé à l’indépendant suspecté d’avoir rempli incorrectement sa déclaration d’impôts. Notre société combat avec plus de célérité les tricheurs du fisc que les criminels de droit commun, c’est dire…

Angela Merkel s’émeut d’être surveillée à son insu. Quelle indécence que se plaindre de se voir soumis au même traitement que celui que l’on accorde à ses concitoyens. La sphère privée de la chancelière ne mérite pas davantage de protection que celle des Allemands qui ont le malheur de disposer d’un compte en Suisse. Quelle différence y a-t-il entre l’espionnage pratiqué au moyen de données volées et les grandes oreilles de la NSA qui renseignent le président Obama sur les moindres faits et gestes de son homologue allemande ? Je n’en vois pas.

Le scandale des écoutes téléphoniques doit pousser notre gouvernement à remettre la question de la protection de la sphère privée sur la table et à montrer que le secret bancaire constitue moins un révolver pointé contre l’Etat qu’une barrière juridique vitale contre les dérives de gouvernements aux abois. Malheureusement, plutôt que de profiter de l’occasion pour mettre un terme au voyeurisme ambiant, le Conseil fédéral préfère marcher dans la combine en cryptant ses communications. Triste réalité.




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